Commémoration du 11 novembre – Homélie du Père Charles

A l’occsion de la commémoration de l’Armistice du 11 novembre, voici le texte lu par le Père Charles.

Le texte original est signé Sylvaine PRACHE élue de la mairie de Maffliers.

En ce jour des commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918 où nous honorons aujourd’hui comme hier, ceux qui ont perdu et qui perdent encore leur vie, sur le territoire Français ou dans les opérations extérieures pour que nous conservions la nôtre ; qui assurent notre sécurité, protègent nos familles et notre démocratie, je voudrais profiter de l’instant pour rendre hommage à des hommes dont on parle peu, et qui ont cependant payé un lourd tribut aux différentes guerres de ce 20ème siècle. Ceux-là même qui ont accompagné, soutenu, consolé, soigné nos soldats sur tous les fronts. Qui sont allés les chercher dans les bourbiers infâmes, les ont ramenés blessés ou morts, à la seule pensée de les sauver ou de rendre leur dépouille à leur
famille.

Je veux parler des Prêtres.
Les Prêtres, vicaires, séminaristes, arrachés à leur église, à leur sacerdoce, se retrouvant sous les drapeaux. Cette situation qui portait atteinte au droit
canonique fut pourtant acceptée, et des prêtres par dizaines de milliers furent envoyés sur les fronts.
J’ai pris le temps de la lecture de livres qui relatent tous ces faits. J’ai pris le temps de faire connaissance avec quelques uns de ces Prêtres, j’en ai choisi
un au hasard et ai écrit ce texte en son honneur et en mémoire de l’homme qu’il fut et de son histoire.

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Je suis Prêtre.
Je m’appelle Joseph Belmont. J’ai 32 ans. Je suis Prêtre, Vicaire à Notre-Dame de Bellecombe à Lyon. Je suis Sergent-Brancardier au 329è régiment d’infanterie et Aumônier du régiment. J’ai été envoyé au front, il y a plusieurs mois, auprès de tant d’autres soldats qui ont laissé leur famille derrière eux, terrassées par la peur et l’horreur des événements.
Je console, je soigne, je parle, je réconforte, je vais de tranchées en tranchées, de trous d’obus en trous d’obus, je prie. Je vais chercher les hommes blessés ou morts sur des terres d’apocalypse, déchiquetés parfois, que je ramène au camp pour les rendre à leur famille et leur offrir une sépulture mais quand ? nul ne sait qui s’en sortira et dans quel état. Nous sommes le 5 mai 1917. Dans quelques minutes je mourrai.
Je compte les morts, en priant Dieu de les accueillir au plus vite. Mes prières sont aussi rapides que les obus qui tombent en pluie continue sur notre
front. Pas le temps de s’appesantir, de chercher un nom, le sien… je réfléchirai après…
Conduite admirable pour mon Colonel, qui l’écrira à mes parents dans la lettre qui annoncera mon décès, mais tellement naturelle pour moi !
Conduite admirable pour mes parents, pour ma mère… les Prêtres aussi ont une mère. La mienne malgré sa foi immuable ne se consolera jamais de la mort de son héros, tombé pour la France. Chaque larme tombera sur ses joues comme autant de cristaux qui creuseront prématurément les sillons de ses rides.
Si jamais je suis de ceux qui jalonnent de leurs cadavres le chemin de la victoire, ne me pleurez pas, ce sera pour Dieu et pour la France que j’aurai donné ma vie, Soyez sûrs que la mort ne me fait pas peur, et que je la regarde en face. Ma foi est un rempart face à l’horreur du conflit et à la peur qui anime tous les soldats à mes côtés.
On oublie trop que Dieu est tout proche, qu’il est avec nous, qu’il est notre Père, et que nous vivons de sa tendresse et dans sa tendresse. On oublie trop
que même des soldats en guerre ont dans leur journée des moments très propices à la réflexion, à la méditation comme à l’apostolat. Que Dieu parle
partout, au cantonnement, à la tranchée, sur des routes interminables. Que ces hommes viendront me questionner sur le sens de la vie, sur leurs
pensées sacrificielles, sur cette barbarie insupportable qui depuis des semaines, des mois, prend la primauté dans l’échelle du malheur individuel
et collectif.…
Je vais partir pour l’attaque, c’est le moment où l’on s’interroge, où on se demande « es-tu prêt » ? L’essentiel c’est d’y rester prêtre, pleinement, magnifiquement. L’homme qui jette par les fenêtres tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, parce qu’il est riche du bien inépuisable de Dieu. Je n’ai peur que d’une chose, c’est de n’être pas assez prêtre, de reculer quand il faudra me quitter ».
Je suis prêt. J’accepte le sacrifice. Avant que la nuit ne s’achève, que le jour se lève, dis-moi que tu m’aimes Ô mon Dieu, autant que je t’aime en cet instant où tout bascule et où tu m’appelles.
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Leur vocation sacerdotale s’est conjuguée à leur devoir de citoyen. Ces Prêtres et Séminaristes ont accepté le dépouillement et le sacrifice. Porteurs d’espérance auprès des autres soldats, ils ont pour la plupart ému leurs camarades par leur sens du devoir, leur foi inébranlable et leur abnégation.
Ces prêtres soldats ont bravement affronté tous les périls sans reculer devant l’effusion de sang. Quelque incompatibilité qu’il puisse y avoir, entre le maniement des armes et l’état sacerdotal qu’ils avaient embrassé ou auquel ils aspiraient, ils n’ont jamais perdu de vue, sous la livrée militaire, leur sublime idéal.
Pendant la Grande Guerre, près de 25400 religieux dans le clergé séculier ont participé au conflit dont 9300 prêtres, ont servi dans l’armée française.
5198 d’entre eux ont perdu la vie.
Pendant la seconde guerre mondiale, 2579 Prêtres ou Séminaristes ou Moines catholiques ainsi que 141 Pasteurs et Prêtres Orthodoxes ont été déportés à Dachau. 1034 y moururent. Ils n’étaient pas arrêtés en tant que Prêtres stricto sensu, mais souvent pour leur opposition au programme d’euthanasie hitlérien, ou en ce qui concerne les Prêtres Français, en raison de leur participation active à la résistance intérieure.

Le constat est sans appel : le camp de Dachau demeure le plus grand cimetière de Prêtres catholiques du monde.
Bien entendu, je n’oublie pas les Sœurs, par centaines, aides-soignantes, infirmières le plus souvent, qui ont essuyé elles-aussi des bombardements comme en juin 44 sur le site des Bénédictines de Lisieux faisant des dizaines de victimes.

Ainsi va la vie … La vie civile, la vie religieuse, la vie militaire… La condition humaine comme disait Malraux.
La fin de deux épisodes abominables de notre 20è siècle. En réalité, à n’en pas douter pas une fin, hélas ! même pas une pause, le 21è siècle est d’ores
et déjà une pâle copie de son prédécesseur…
Je voulais rendre un vibrant hommage à tous ces Prêtres, Séminaristes, Curés, Vicaires Aumôniers, tous les ecclésiastiques dans leur acception
générale, obéissant à l’ordinaire d’un diocèse, qui vivent « dans le siècle », c’est-à-dire dans le monde, dans l’assemblée du peuple (éthymologiquement), dont on parle peu en temps de guerre, et trop peu en temps de paix… Ces Hommes de Dieu au sens de la Bible, qui guident leur peuple vers une terre promise, une paix promise, laissant ainsi un héritage spirituel durable. Ils sont un modèle de piété et de foi en Dieu, modèle d’abnégation pour tous ceux qui les ont connus, totalement dévoués à la cause humaine, se sacrifiant sans réserve à sauver leurs prochains, faisant ainsi référence aux paroles de Saint-Jacques que l’on retrouve chez Saint-Paul «c’est que la foi n’est vivante que lorsqu’elle s’accomplit dans la charité et dans l’amour. ». (1JN 4,8)